1. Escoda : marteau taillant pour marquer et creuser les tranchées.
2. Picot : masse utilisée pour frapper, percuter, insérer les cales.
3. Perpal : piquet en fer servant de levier pour soulever et détacher le bloc.
4. Llaunes : cales à insérer sous les blocs pour les retirer du sol.
5. Càvec : bêche pour nettoyer le plan d’extraction et enlever le sauló (gravillon).
6. Tallant : hache à double tranchant utilisée pour tailler et égaliser les faces des blocs.
(s/n) Règia : lame en bois calibrée pour mesurer les bordures des blocs.


Le tailleur de pierre sélectionne une surface homogène rectangulaire, d’environs 4 ou 5 m de long, sur laquelle la pedra viva (pierre dure) n’est pas apparente. Il déblaie la terre du terrain et aplanit la surface, créant ainsi le premier replà, ou niveau d’extraction.

On creuse au marteau tailleur des tranchées parallèles dans la superficie préparée. Celles-ci sont espacées d’une distance égale à l’un des bords du bloc et ont une profondeur égale à la longueur de l’autre bord.

Un bloc est supprimé afin de libérer l’espace nécessaire pour pouvoir insérer les cales et manipuler le marteau avec lequel les blocs seront séparés.
Le tailleur de pierre réalise des tranchées perpendiculaires aux tranchées préalablement creusées, complétant ainsi toutes les coupes verticales du bloc.
Une marque horizontale est faite sous le bloc avec le marteau taillant, puis trois cales y sont insérées.
Le tailleur de pierre se tient debout sur le bloc de pierre afin d’en ressentir les vibrations dans les jambes. Il enfonce de façon équilibrée les trois cales à l’horizontale à l’aide d’une masse, jusqu’à ce que le bloc se détache du sol de la carrière. Cette étape est la plus délicate du processus d’extraction ; en effet, le tailleur de pierre doit faire preuve de toute son habileté et de son expérience pour éviter que le bloc ne se brise.
Pour terminer, le tailleur de pierre utilise le pic de la masse comme levier pour séparer le bloc et l’extraire.





En l’absence de machines, l’homme ne peut compter pour effectuer son travail que sur ses outils, sa force musculaire et sa connaissance de la pierre. Ainsi, afin d’économiser temps et efforts inutiles, le tailleur de pierre recherche la pierre de bonne qualité et évite la pierre dure.
Cette stratégie d’extraction se traduit en un espace qui reflète la structure interne du terrain, où la pierre dure apparaît isolée au milieu des espaces excavés.


Clau (clou) : Masse de pierre dure encastrée verticalement, créant ainsi une colonne.
Cavall (cheval) : Masse de pierre dure encastrée horizontalement telle un mur.
Pèl (cheval) : Fisure naturelle de la roche.
Berruga (verrue) : Masse irrégulière de pierre dure qui affleure à la surface du sol ou à la paroi de la carrière, après que l’exploitation de la carrière a commencé.
Terrassa (terrasse): Couche horizontale de pierre dure.
Le tailleur de pierre découpe et extrait la pierre à l’aide du marteau tailleur, principal outil de l’exploitation manuelle. Au cours de son travail, c’est l’utilisation du marteau tailleur qui crée les formes des parois de la carrière et y grave les marques du travail d’extraction.

Lorsque l’on creuse les tranchées à la verticale le long d’une paroi et parallèlement à celle-ci, il faut incliner légèrement le marteau taillant pour éviter que la main ne heurte la pierre. Il se produit alors une légère inclinaison de la paroi, qui devient de plus en plus prononcée après chaque couche.
Après l’extraction des premières couches (généralement pauvres), lorsque la qualité de la pierre s’améliore avec la profondeur, le tailleur de pierre augmente le volume de pierre à extraire en forçant l’angle de la main, élargissant ainsi la surface d’extraction et augmentant l’inclinaison de la paroi, qui s’arrondit.
Si la pierre de la paroi est trop dure ou de mauvaise qualité, le tailleur de pierre déplace de quelques centimètres la tranchée verticale par rapport à la paroi, donnant lieu à de petits échelonnements irréguliers ou à des saillies sur la paroi.
Si le tailleur de pierre souhaite maintenir le plan vertical des parois, ou s’il veut rectifier ou réduire l’inclinaison, il continue en inversant la direction de la coupe horizontale à chaque nouvelle couche. La pierre est ainsi soumise aux coups de marteau taillant suivant une inclinaison inverse à chaque niveau.


C’est le contact et la friction du marteau tailleur qui produit des bandes horizontales de stries curvilignes sur la paroi, au fur et à mesure que les tranchées verticales sont creusées le long de la paroi et parallèlement à celle-ci. Ces stries étant toutes orientées dans le même sens au fil des couches successives, il arrive que les stries se mêlent et se superposent en de longues éraflures curvilignes.
Si la direction de coupe des couches est inversée lorsqu’on travaille à côté de la paroi et parallèlement à celle-ci, des rayures curvilignes apparaissent en forme de d’épi.
Au bout de chaque ligne de coupe perpendiculaire à la paroi, le marteau tailleur percute la paroi, y laissant la marque du coup. Au fur et à mesure que la tranchée s’approfondit, ces marques s’alignent les unes sous les autres, formant une ligne verticale de coups. Cette ligne est à l’origine des entailles si caractéristiques que l’on voit sur les parois des carrières mécanisées.


Avec l’introduction de nouvelles techniques au cours de son histoire pour l’évacuation des blocs, les carrières deviennent de plus en plus profondes.
Autrefois, dans les carrières peu profondes, on remontait les pierres jusqu’à la surface en utilisant des marches ou des gradins qui avaient été taillés dans la pierre à chaque nouveau niveau d’extraction.
Au XIXe siècle, l’introduction d’une roue en bois actionnée par deux personnes facilite considérablement le travail et a un impact direct sur la profondeur des carrières, qui passe à environ 15-18 m (exceptionnellement 30 m).

Toni Pons Nadal « Pichón »
A chaque nouvelle couche d’exploitation, des marches ou gradins sont taillés dans la pierre afin d’assurer autant l’accès des hommes à la zone de travail que l’évacuation des blocs. Au fil des années d’exploitation, cet accès peut être abandonné et remplacé par un nouvel accès. Ainsi, l’escalier abandonné peut apparaît accroché à la paroi alors que l’exploitation se poursuit en contrebas de la dernière marche taillée.
Des creux ont été pratiqués dans les angles des parois afin de pouvoir les escalader en y plaçant les pieds et les mains, telle une échelle en pierre.

Illustration : Xavier Sauleau
Photos : Archives LITHICA
Collaboration au Circuit de la Biodiversité Numérique:
